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Partir - deuxième partie - du Kokalam

Partir – deuxième partie

par | 15 Juil, 2020 | Nouvelles | 1 commentaire

Lire la première partie

Je fais fi de ce que je vois sur son visage, dans ma tête cette maxime « bës u de du bës u dund » (Je n’ai plus rien à perdre)

  • Si Djiby accepte de m’accorder le divorce, c’est tant mieux pour tout le monde. Dans tous les cas, je divorcerai. Nijaay, je suis fatiguée. Je n’en veux plus.
  • Je n’en veux plus tasul sey (je n’en veux plus, n’est pas une raison suffisante)
  • Koon, je n’en peux plus. Quand il venait demander ma main ici, n’est ce pas qu’il était au courant que je faisais mes études ? Ne s’était il pas engagé à me lasser les finir, condition sinequanone pour que tu acceptes notre union? Ne s’était-il pas engagé à me mettre dans une meilleure école supérieure ? N’avait il pas juré que jamais il ne ferait de moi une des ces épouses de Modou-modou, obligée de sacrifier ses ambitions pour rester auprès d’une belle-mère? Nijaay, si une seule des choses que j’énonce ici n’est pas vraie, corrige moi.
  • Lepp dëg la. (Tu as raison)
  • Nijaay, dama bëg nga japp ni, amul lenn ci yi ma lim, yu mu def, mba mu mottal ko.(Nijaay, je veux que tu saches qu’il n’a respecté aucun de ses engagements.) Nijaay yaa ñu jangal ni, bu nit di dese dara na doon kaddu. Ta yàlla musël ñu si bañ sàmm sa kaddu. (Nijaay, tu nous as appris que s’il ne devait nous rester qu’une seule qualité, elle devra être « le respect de la parole donnée). Wa Nijaay puis je te poser une question? Comment veux-tu que celui qui doit assumer le rôle de kilifa, fi ci kaw suuf ak fa ma jëm, ñu may ma ko ci farata yàlla ak sunna’y Mouhammad psl, war nekk ko xam ni amul kaddu. (Ici bas et dans l’au-delà, avec qui je me suis mariée sur la base des principes de l’Islam n’ait pas de parole). Quelle valeurs transmettrai-je ainsi à mes enfants? Que la parole donnée ne vaut rien. Ce n’est pas ce modèle que je souhaite reproduire. On ne peut reprocher à quelqu’un de ne pas tenir sa parole pour des raisons indépendantes de sa volonté, mais dans ce cas ci, il m’oppose un « ma waxoon, waxet » (je reviens sur ma parole), c’est inacceptable.
  • Diyana, ndank, je ne peux rien opposer à ce que tu es entrain de me dire. Il m’a appelé, mais il ne me dit pas la même chose qu’à toi. Il dit que la seule chose qu’il te demande, étant donné qu’il est loin, est que tu fasses deux années sabbatiques pour t’occuper de sa mère qui est malade.
  • Nijaay, mère bi febarul (Elle n’est pas malade). Toi même tu sais que jamais je ne pourrai finir mes études, si je m’arrête. Je suis lasse des aller-retours. Ma ngi dem. (je rentre)
  • Wa baax na, je passe te voir dans la semaine 

Je récupère ma fille qui continue de dormir. Elle va se réveiller dès que je poserai ma tête sur l’oreiller ce soir, elle me fait toujours le même coup. Nuit blanche en perspective

Je prends congés des cousins et cousines et sors au moment où ma tante lance en direction de mon oncle.

  • Cette fille est capricieuse. Tu l’as trop gâtée, prétextant tout le temps qu’elle n’a plus sa mère, voilà le résultat. Elle veut foutre en l’air son ménage pour des enfantillages. Yaayam, sey mo ko rayy. Da fa sey ba de! (Sa mère a donné sa vie pour sauvegarder son ménage)
  • (Je n’ai pas pu retenir ma langue) Lo ci gis? De na, ay doomam perte! (Pour quel résultat ? Là voici morte, nous laissant seuls)

Je claque le portail de la maison. Elle continuait à m’insulter bien longtemps après que je ne puisse plus l’entendre. J’essuyais des larmes de colère et de rage.

—**—

Mon téléphone sonne. Appel WhatsApp. Le nom de Djiby s’affiche. Non, je ne lui parlerai pas ce soir, je suis vidée. Il insiste. 4 appels manqués

—**—

Elle m’attend comme d’habitude au milieu de la cour. Je remarque que la porte de ma chambre est grande ouverte, faut dire que je lui ai facilité la tâche ce matin, je lui ai laissé les clés sur la porte, quand le menuisier a fini de la réparer.

Suspendue au téléphone. Me regardant entrer:

  • Elle vient d’arriver dans la maison. Une femme mariée qui sort de chez elle à 7h du matin pour ne revenir qu’à minuit. Tous les jours.

Je vérifie l’heure sur mon téléphone 20h30, je la dépasse et entre dans ma chambre.

Toujours au téléphone, empruntant sa voix de mourante:

  • bo takkoon doomu Ndeye Dia bi ma la waxoon li du ci am. Li ma fi tëd febar yëp moom laa doon gis. Bu xëye yayam yebal ma ko, moom lay yoni, mo may yobbu ci douche bi, di ma toggal. Aka mot jabar! Wuteek ki nga xam ni tankam bi na bargal’u maabo. Mësu ma gis lii sama aduna. Dem rek! Xana kuy dem ba sa yaay u jëkër tëd febar nga mën took topato ko, bu de sey mo la tax jog. Goro du moroom. (Si tu avais épousé la fille de Ndeye Dia, on en serait pas là. Tout le temps où je suis restée malade, c’est elle qui s’est occupée de moi à la demande sa mère. Elle s’occupait de mon hygiène et de mes repas. Elle a tout d’une bonne épouse. Le contraire de celle que tu connais. Tout le temps dehors. Je n’ai jamais vu ça de ma vie. Tout le temps partie. Elle peut au moins rester à la maison avec moi quand je suis malade, je suis sa belle-mère et pas son égale.)
  • Wa baax na, ba suba in shaa Allah.(Ok. À demain)

Elle raccroche. Et ajoute à mon endroit. « C’est chez moi ici ». Tout dans son attitude me le confirme. Son toit, son fils, ses choix… Qui étais-je pour oser remettre cela en cause. Celle qui refuse de se plier. Elle me cassera d’une manière ou d’une autre.

Les débris de ce qui fut mon ordinateur portable sont sur mon lit. Le disque dur a l’air intact, je me surprends à espérer qu’il puisse être sauvé. Je croise les doigts, si je peux récupérer mes données, mon mémoire de master sera sauvé. A défaut je fais devoir tout reconstituer. Un an de travail. Je suis au bord de la crise de nerfs. Mes yeux sont embués, je tourne en rond dans la chambre, luttant de toute mon âme contre cette envie de pleurer. 

Si je pleure maintenant, je sombrerai. Je le sais, c’est tout. Et il ne faut surtout pas. Je ne pleurerai pas. 

Marche. 

Calme toi. 

Respire. 

Marche encore. 

Calme toi. 

Respire plus profondément. 

Répète. Soubhannallah. Allahou Akbar. 

Marche encore et toujours. 

Respire. 

Répète encore. Soubhannallah. Allahou Akbar…

Des pleurs au loin, à la périphérie de ma bulle. Mon esprit reconnaît ces pleurs. Ma fille. Je reviens à moi. Je ne sais pas combien de temps j’ai marché dans la chambre. 

Je trouve un message de Djiby « Diyana, c’est quoi ton problème ? Tu ne peux pas faire preuve de compassion envers ma mère malade? Je te demande juste de faire une pause. C’est même pas étonnant venant de toi, tu n’as pas idée de ce que veut dire avoir une mère ».

La chute de son message me libère du restant de sentiment que j’éprouvais, je ne sais pas comment expliquer cela. Ce qui me restait de tendresse, de sentiment, de souvenirs d’étreinte venait de s’envoler. Je m’allongeais sur le lit. Libre de partir.

FIN

* Nijaay: oncle maternel
* Bàjjan: Tante partenelle

1 Commentaire

  1. Avatar

    “Ta mère est morte pour son mariage” faut qu’on arrête de glorifier les souffrances des mères. Elle a bien répondu.

    Réponse

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