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De bout en bout - Partie 2 - du Kokalam

De bout en bout – Partie 2

par | 9 Fév, 2019 | Nouvelles | 0 commentaires

Une violente quinte de toux me fait perdre le souffle, il me faut une dizaine de minutes pour m’en remettre. Le même scénario se reproduit à chaque toux, je sens mon corps laisser échapper tous ses fluides, par tous mes orifices. Je ne retiens plus rien… Tout fout le camp… L’un après l’autre…

 

J’ai le mauvais pressentiment que je ne pourrai même pas m’offrir le luxe de ne plus avoir conscience de ma propre déchéance. Dans certains moments, avec certaines maladies, il serait plus aisé de ne pas avoir conscience de sa propre dégradation. En ce qui me concerne, j’étais consciente de tout. Au-delà de la douleur, la honte me rongeait. Je ne réussirai pas à sortir du lit pour me rendre dans les toilettes. Je vais devoir macérer dans mes excréments et autres liquides jusqu’à demain. Je verrai le nez pincé de la jeune femme qui s’occupe de moi, cachant tant bien que mal son dégoût, après avoir travaillé toute la nuit.

 

Pendant que mon corps se vide, et que j’essaie de ne plus penser à ma condition, j’entends la musique qui s’échappe du bar au rez-de-chaussée, toutes les fois où un client se rend aux toilettes, autant dire toutes les 30 secondes. La quantité de bières descendues en est sûrement la cause. Les éclats de rire font place aux bagarres d’ivrognes, plus la soirée avance. Deux filles de joie se crêpent le chignon pour un client. Ici, la concurrence est rude. On ne s’y fait pas de cadeaux. Au prix de la passe, autant faire le maximum pour enchaîner les clients. Une des filles avait tailladé le visage d’une autre pour une sombre histoire de client, pour une passe à 3000 Fcfa. Chacune accusant l’autre de lui avoir piqué son client. Pathétique. La police a dû intervenir de manière plus vigoureuse cette fois, fermant définitivement ce boui-boui.

 

Et pourtant, ce lien avec l’extérieur participait à me maintenir en vie, j’entendais à travers ma porte et imaginais ce que je ne voyais pas. Je découvrais entre mes séjours à l’hôpital, les nouvelles tendances musicales, les expressions et tenues en vogue, les dernières rumeurs de la ville. Saviez-vous qu’un ministre était passé s’encanailler dans le bar une semaine d’affilée parce qu’il y avait un jeune homme qui le fréquentait assidûment auquel il ne pouvait résister. Délaissant femmes, enfants et affaires étatiques pour se retrouver tous les soirs au milieu de nulle part. Une semaine durant à supplier le jeune homme de daigner le regarder… La petite métisse me racontait ça tantôt en riant aux éclats, tantôt en compatissant pour le ministre, vieux, gras et adipeux.

 

Définitivement a duré 2 jours, le commissaire est un habitué des lieux et des cuisses de la petite métisse. Cette relation était encouragée par la tenancière. Tout le monde y trouvait son compte.

 

Ce n’était pas la première fois que le bar était fermé. La première fois, c’est la femme d’un des habitués de ce lieu qui l’avait fait saccager. Elle avait suivi son mari, garant sa voiture très loin. Accompagnée de quelques-uns de ses proches baraqués comme des déménageurs, elle avait fait irruption dans ce lieu, trouvant son mari en galante compagnie. Deux filles autour de lui, complètement soûl, à moitié déshabillé. Elle l’a traîné hors du lieu et a laissé ses sbires saccager les lieux. Les filles n’ont dû leur salut qu’en se réfugiant au premier. Le lendemain, les journaux en ont fait leurs choux gras. La tenancière les ayant elle-même contactés pour leur raconter l’histoire contre un peu d’argent pour procéder aux réparations.

 

J’ai toujours refusé d’y exercer. Préférant ne pas mélanger les affaires avec ma vie personnelle. J’allais chasser plus loin et en des endroits plus chics. Je méprisais ceux qui fréquentaient ce lieu. Du plus profond de mon être.

 

La petite métisse est arrivée quelque temps avant que je ne sois complètement alitée. Au début, elle montait me voir, fumant avec moi une clope ou partageant une canette de bière. Je n’ai jamais aimé la bière, j’ai toujours préféré le vin, plus fin, plus raffiné. Je travaillais encore, même si mes forces s’amenuisaient, de grands crus, j’étais passée à de la piquette, vendue au ballon. Mais c’était toujours mieux que la bière. Quand on n’a pas de quoi se payer à boire, on ne fait pas la fine bouche. On partageait donc la bière dans des gobelets en plastique. Fumant cigarette sur cigarette. Elle était dans le milieu depuis 5 ans, et arrivait encore à avoir l’air innocente. Ça ne durerait pas longtemps, mais je pouvais bien lui laisser le croire. Elle avait encore des étoiles dans les yeux. Ne se considérant pas réellement comme une prostituée, fallait pas que je fasse tomber ces dernières illusions. Et pour dire vrai, sa compagnie était rafraîchissante. Avec elle, je pouvais me rappeler ce que j’aurai pu être si si et si n’étaient pas passé par là.

 

Les médicaments pour calmer la douleur me laissent dans un état quasi comateux, les toux sont insupportables. Je vais mourir, et ça ne sent pas la rose…

—–***——

Timidement, je commence à sortir le soir, au début c’est juste pour m’éclater entre copines. Très vite, je deviens accro des soirées d’un célèbre groupe de la ville, et tombe sous le charme d’un des habitués. On disait de lui qu’il était dans le business. Il tombe sur le mien aussi. Je croyais aussi. J’avais 17 ans. Et c’était le premier. Petite oie blanche se prenant pour un aigle, les yeux plus gros que le ventre, une jugeote au ras des pâquerettes et une ambition démesurée, j’étais convaincue qu’il me sortirait de ma condition. Ce qui faisait somme toute un bon compromis. Je deviendrai pour lui une bonne épouse, nous ferions ensemble le tour du monde et je serai à ses côtés partout où ses affaires le mèneraient. Petite idiote d’oie blanche. Ce qui devait arriver arriva plus tôt que prévu. Très couru par les filles, j’étais celle qu’il avait choisi… Enfin c’est ce que je croyais. Je n’étais qu’un autre trophée à son tableau de chasse. C’était de bonne guerre, je voulais prendre ce qu’il avait à offrir, il a pris ce que j’avais à donner. Balle au centre… On arrête tout ! On recommence !

 

En fait, non pas vraiment. Il a réussi à me convaincre que la fille avec qui je l’ai pris en flagrant délit n’était pas réellement importante, que c’était une erreur, que je devais le croire. Ce n’était pas la première fois, mais bon, on le sait bien, ils sont tous infidèles. J’ai vite fait de le croire, quand, lors de l’une de ces fameuses soirées, il a demandé au groupe de me dédier une chanson spéciale.

 

 

Pendant une soirée, j’ai été vraiment spéciale. J’ai vécu sur un nuage, trois mois durant. Les folles soirées succèdent aux journées à la plage. Je vis sur un nuage. Yaye Yandé est trop préoccupée à vivre au jour le jour. Et de toutes les façons qu’est ce qu’elle pourrait bien y faire. Quand je m’aperçois que cela faisait déjà deux mois que je n’avais pas vu mes règles. J’ai eu un instant de panique, bien vite oublié. Il m’aimait et avait les moyens de s’occuper de nous. Nous allions nous marier. Je ne passerai pas de chambre en chambre. Je m’en irai de cette maison.

 

Il est sorti de ma vie, le jour où Yaye Yandé en pleurs m’a traînée chez lui pour qu’il reconnaisse l’affront fait à mon encontre.

À notre arrivée, il est installé sur le patio intérieur de la maison au style colonial qu’il occupait.

Après les présentations d’usage, malgré sa rage et sa douleur, elle a quand même respecté les civilités. Je n’osais pas lever les yeux, je voulais disparaître de honte, j’aurais dû venir seule au lieu de venir avec ma mère. J’étais convaincue que tout irait pour le mieux, que je le rejoindrais dans cette grande maison qui verrait la naissance de notre fils. Ce sera un garçon avec de beaux grands yeux comme les siens, une bouche comme la mienne, on pourrait se promener tous les 3 dans la ville et tout le monde nous envierait notre bonheur. C’est ce que j’avais craché au visage de Yaye Yandé, devant sa stupéfaction à l’annonce de ma grossesse. Qui pouvait bien avoir envie de vivre dans une seule et unique chambre avec des meubles de 20 ans d’âge, un buffet décoré par une collection de bols, d’assiettes peintes et de verres jamais utilisés. Chacun étant nettoyé religieusement après le passage des invités. Ils n’étaient même pas pour tous les invités qu’ils étaient sortis, il y avait ceux qui devaient se contenter des verres en inox et ceux qui avaient droit aux précieux verres et assiettes de Yaye Yandé. En 20 ans elle a perdu un verre, en a ébréché un et cassé une assiette. Chacun de ces événements était vécu comme un drame. Qui pouvait se suffire de cette vie, alors que l’on pouvait avoir une maison à soi et voyager toute l’année. Devant son incompréhension, j’ai rajouté, que de toutes les façons, je n’avais pas l’intention de m’enterrer dans cette vie de merde.

J’avais honte d’être venue avec ma mère, j’essayais de me composer un petit air bravache que j’étais loin de ressentir. Le silence commençait à durer. Il le rompit le silence :

  • Doxé ngeen naaj de. (Vous avez parcouru ce chemin sous la canicule)
  • Dëg la kay, jaaxle rek (c’est vrai,
  • Mba jàmm ? (C’est pas trop grave?)
  • Jàmm la du jàmm. (se retournant vers moi) Sama doom la ñu tooñ, bi ma ko laaje, mu ni ma yow la.( Mon enfant a subi un affront, et m’a dit que vous en étiez l’auteur).
  • Man mi ? (moi ?)
  • Dafa ëmb ta neena yow la (Elle est enceinte et me dit que vous en êtes l’auteur)

(éclats de rire) Moi, cest la meilleure. Excusez-moi, de devoir être aussi direct, je ne suis pas le seul à passer du temps avec elle. Vous auriez dû lui apprendre à mieux serrer ses cuisses. Si, elle ne sait pas qui est l’auteur de cette grossesse, faut pas qu’elle fasse de moi un bouc émissaire. Il est vrai que nous avons dû faire des choses ensemble une ou deux fois, mais rien qui puisse la mettre enceinte.

 

J’étais stupéfaite ! Pourquoi il disait ça à ma mère, ce n’est pas vrai. Il est le seul, et l’a toujours été, pourquoi raconte-t-il cela… Mes yeux me piquent, j’ai envie de pleurer très fort. Je retiens mes larmes… Pourquoi, il me fait ça ?

 

Je n’entends pas le reste de la conversation. Son rire reste gravé dans ma mémoire, pendant que ma mère me traîne derrière elle.

 

 

 

PS: Si vous n’aviez pas lu la première partie, c’est par ici

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